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Pour ceux qui pensaient que l’Halloween était la fête des citrouilles, que ce soir-là, elles règnaient en reines dans tous les foyers, autant vous dire que vous vous êtes trompés. L’Halloween est la soirée des crapauds. À la brunante, les crapauds et crapaudes lustrent leurs verrues et chaussent leur souliers à claquettes. Le roi Crapou 1er, dont le grain velouté de la peau fait bleuir de jalousie les grenouilles et autres rainettes voisines, ouvrira le bal avec Crapaude, sa vingt-huitième conjointe. On ne sait toujours pas si Crapou 1er est le plus beau de tous les temps ou le plus beau de tout l’étang… mais, personne ne remet en question sa qualité de danseur. Sa sveltesse et sa grâce en font le plus délicat des crapauds. C’est bien pour cela qu’il fut nommé et couronné roi.Ce soir du 31 octobre, tous les crapauds couvriront la surface de tous les étangs et danseront jusqu’au matin. L’air résonnera de toutes leurs claquettes comme autant de grillons chantants.

Bonne nuit d’Halloween à tous les crapauds !

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Pour tous ceux qui résistent encore aux rectifications de la nouvelle orthographe !

(Ce texte a été mis en ligne dans la section des exercices du site www.renouvo.org/gqmnf.
Les mots touchés par les rectifications de l’orthographe sont en gras.)

La capitulation de î et des û

La lettre de convocation précisait ceci : « Portez fièrement votre chapeau! »
Ils avaient donc tous répondu à l’appel, chapeau pointu vissé sur le crâne, défiant avec témérité la nouvelle règlementation orthographique.
Ainsi, en cette soirée du mois d’aout, réunis dans la boutique d’un chapelier, tous les û et les î s’insurgeaient contre la décision du Grand conseil orthographique, qui leur demandait de ne plus porter dorénavant leur accent circonflexe.
— C’est un scandale, hurlait un û. On nous vole notre identité. Nous voilà réduits à ressembler à tous les u ordinaires de la terre. Nous ne tolèrerons pas cette traitrise plus longtemps!
— Et nous? maugréait un î. On devient de ridicules unijambistes, avec un point flottant. Mettre les points sur les i est déjà d’un commun linguistique si… comment dire… si… insignifiant!
— Je me battrai jusqu’au bout pour récupérer mon chapeau, dussè-je me mettre à dos les modernistes. Je ne cèderai pas! Qui me suit?
— L’union fait la force! Nous délèguerons deux porte-paroles qui protègeront nos intérêts auprès du Grand conseil orthographique.
Les voyelles privées de leur chapeau ne manquaient pas de combattivité. Pourtant, cette nouvelle règlementation donnait aux uns des crampes aigües, aux autres de l’exéma, et aux plus timides des brulures d’estomac.
Mais il fallait agir. On passa donc à l’élection de deux représentants. Tout cela se fit dans un tohubohu indescriptible où les égos de chacun s’étalaient gaiment.
Pendant ce temps-là, de l’autre côté de la ville, un autre évènement avait lieu : un évènement plus joyeux, plus festif. Dans la salle de réception d’un hôtel, on célébrait des mariages et des réunions de famille.
Les mots autrefois composés se réjouissaient d’être enfin réunis. Plus de trait d’union entre eux pour les tenir à distance. Les croquemonsieurs, les croquemadames, les croquemitaines et même les croquemorts s’enlaçaient à qui mieux mieux. Le porte-jarretelle gardait son trait d’union, mais partageait la joie du portecrayon, du porteclé, et aussi du portemonnaie, heureux de ressembler enfin au portefeuille.
Pour leur part, les familles reconstituées trinquaient à leurs retrouvailles. Pendant que le ventail battait au vent, les persiffleurs sifflaient de joie, les combattants combattifs s’amusaient comme des marioles, et les souffleurs et les souffleuses accueillaient avec joie les boursoufflures dans leur famille. Et les imbéciles? Ils rivalisaient d’imbécilité…
De leur côté, les trémas appréciaient de coiffer à présent les u. Ambigüe, contigüe et exigüe goutaient à leur nouvelle allure pendant que leurs consoeurs ambigüité, contigüité et exigüité raffolaient de leur brochette de points.
Après un copieux diner de cuisseaux de chevreuil, de levreaux en croute et de boissons rafraichissantes, les invités envahirent la piste de danse et se lancèrent dans une ronde entrainante. Plus habitué à la marche qu’à la farandole, le millepatte s’empêtrait les pattes, et le millefeuille lui emboitait maladroitement le pas. Les pique-assiettes, eux, en profitèrent pour croquer les derniers raviolis qui trainaient dans les plats.
Personne ne remarqua un petit i qui alla s’assoir tout seul, loin des rires et de la gaité. Ce i était malheureux : les ognons se passeraient désormais de lui. Blanc, jaune ou rouge, l’ognon allait faire pleurer les cuisiniers et les cuisinières sans lui. Ainsi en avait décidé le Grand conseil, pour des raisons linguistiques pleinement justifiées. Il faut reconnaitre que des générations d’enfants avaient très souvent oublié ce i en écrivant tout naturellement ognon, que ces mêmes enfants avaient donc souffert à cause de lui et avaient tant de fois contesté sa présence saugrenue entre le o et le g. Ces souvenirs douloureux et ce rejet à son endroit ne faisaient qu’accroitre son désespoir. Il se perdit dans un abime de pensées morbides et le dégout le prit à la gorge. Il tenta d’aller se consoler près de la fontaine, en regardant les nénufars redevenus épanouis.

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Que se passait-il, au même moment, chez les révoltés de l’orthographe? Eh bien, les û et les î poursuivaient toujours leurs palabres, incapables de choisir deux candidats à envoyer en mission auprès du Grand conseil orthographique.
Alors, le couple maitre et maitresse demanda à prendre la parole. L’autorité dont jouissaient ces deux personnages imposa le respect et la confiance. On les écouta.
— Mes amis, commença la maitresse, un trémolo dans la voix, nous devons nous rendre à l’évidence et cesser nos vilénies. Notre temps est révolu : le français évolue. Entrons avec lui dans la modernité, tout en appuyant cependant les quelques accents circonflexes qui tiendront encore le flambeau de la tradition. Je pense aux û de dû , mûr, sûr, jeûne, et aux î qui sauront maintenir la différence entre croit et croît, par exemple.
— Il est nécessaire de nous accommoder raisonnablement de ces améliorations, enchaina le maitre. Car ce sont bien des améliorations puisqu’elles allègeront la tâche des apprenants. C’est bien ce que nous désirions le plus, n’est-ce pas? Que les élèves ne nous écorchent plus, nous les mots et les voyelles.
La mine basse, les û et les î capitulèrent alors et se résignèrent à se « déchapeauter ». Pour eux, pas d’assurance-emploi…

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Une fable inspirée par le grand Jean de Lafontaine !

L’élève et son prof

L’enfant ayant dormi toute l’année,
Se trouva fort dépourvu
Lorsque l’examen fut venu.
Pas une seule idée
À coucher sur son papier.
Il alla cria « À l’aide »
Auprès de son prof Archimède,
Le priant de lui souffler
Quelques mots pour avancer
Et le mettre sur le fil.
« Je vous le rendrai, lui dit-il,
En vous offrant ma pomme. »
Le prof n’est pas commode,
C’est là son moindre défaut.
« Que faisais-tu pendant les cours ? »
Demanda-t-il au plaignant.
« Tous les jours, pendant les cours,
Je dormais, ne vous en déplaise… »
« Ah ? Tu dormais ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! ronfle à présent ! »

Jean de l’Abreuvoir

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Un petit quadrupède qui se pensait "chat", dormait sur son coussin. D’un œil seulement, comme tout chat bien né !
Une souris vint à passer non loin de ses moustaches. Pendant qu’elle trottait, il pensa :
Si je n’attrape pas cette souris, je me prive d’un mets délicieux, mais si je l’attrape, j’interromps un sommeil agréable. Que choisir ?
Entre-temps, la souris disparut.
N’est pas chat qui veut !
 
    André SERRA

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Le bitier est un arbre fruitier.

On en trouve sous presque toutes les latitudes, mais assez rarement aux environs des pôles.

Il ne porte qu’un seul fruit à la fois, qui s’épanouit généralement vers le milieu de son tronc. Ce fruit, dénommé la bite, mûrit indépendamment des saisons selon des cycles très variables, de plusieurs fois par jour à une fois tous les deux ans. Ce cycle est généralement fonction de son âge, mais pas de manière absolue.

Certains bitiers de 20 à 30 ans peuvent en effet rester sans fruits pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois, alors que des bitiers de plus de 80 ans en ont quelquefois plusieurs par semaine. Il est donc conseillé de goûter leurs fruits avant d’arrêter son choix si l’on désire en acquérir un. Toutefois, il n’est pas toujours nécessaire d’en posséder un pour profiter de ses fruits.

Comme les fraises et les framboises, les fruits du bitier sont particulièrement appréciés des femmes. Toutefois certains hommes ne répugnent pas à les consommer de manière régulière. Leur pulpe n’est pas consommable, et seul leur jus présente des qualités gustatives. Après consommation du jus, quelquefois appelé “sirop de bite”, la pulpe se résorbe d’ailleurs progressivement, jusqu’à se dissimuler entièrement sous l’écorce du tronc jusqu’à la prochaine floraison.

Il n’est pas possible de cueillir ces fruits sans en faire disparaître les saveurs uniques. On doit donc les consommer sur l’arbre. S’ils ne sont pas consommés au moment de leur pleine maturité, leur jus peut s’écouler naturellement sur le sol. Ils perdent alors tout intérêt. Il est donc conseillé aux amateurs de surveiller l’évolution de leur maturation pour saisir le moment le plus propice à la consommation de leur jus. Il est cependant possible d’accélérer leur fructification en leur portant des soins attentifs. Leur saveur peut être très différente selon que leur consommation intervient trop tôt ou trop tard. Un minimum d’expérience est donc nécessaire pour en tirer la quinte essence.

Comme pour toutes les autres espèces d’arbres, la reproduction du bitier s’opère par développement des graines contenues dans ses fruits. Mais, par une curieuse disposition de la nature, ces graines ne peuvent germer que dans les organismes de leurs consommateurs.

Cette germination est cependant limitée aux organismes féminins. En dépit d’essais répétés, les consommateurs masculins sont jusqu’ici restés stériles.

Après la germination, le nouvel arbre se développe jusqu’au moment où il s’extrait de lui-même de son support humain. Il peut alors être replanté. Mais il ne réalise généralement son plein développement que s’il reste confiné dans l’appartement qui l’a vu naître. Le plus souvent cependant, il prend lui-même l’initiative de se replanter ailleurs, lorsque son plein développement est atteint. Dans certains cas, il peut s’avérer nécessaire de le faire à sa place.

Comme il a l’instinct grégaire et qu’il reste souvent assez proche de son lieu natal, il est préférable de déménager dans les cas extrêmes, si l’on ne veut pas subir la promiscuité des consommateurs qu’il est alors en mesure d’attirer de manière quelquefois surabondante s’il est très productif.

Ensuite le cycle se répète…

 

D’après une étude d’André Serra sur le terrain.

© André Serra - 2005

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       Le pot de fer, le pot de terre, et la rouille
 
 
En Irak, pays lointain,
un pot de fer provoqua
un autre pot pétri d’une bien modeste argile.
Aisément, le pot de fer gagna,
car sous ses assauts le pot de terre craqua,
et sur le sol répandit
l’eau dont il était empli.
Sous les quatre pieds du gagnant,
un combat nouveau s’engagea
entre le fer vainqueur et la rouille insidieuse.
Lequel d’après vous gagnera
entre les nouveaux combattants
L’eau bien sûr, à la longue, prendra le dessus.
Vous qui êtes en fer,
ce conseil d’ami écoutez !
Si vous avez les pieds fragiles,
ne vous hasardez pas sur l’argile !
 
 
La Fontaine d’eau
Livre 0, fable -1

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