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La Panne de l’an 2000
Il est minuit !
L’an 1999 a vécu et sa disparition vient d’être dignement fêtée, dans une joie un peu ternie par les soucis du temps. Maintenant commencent les festivités de l’année nouvelle, l’an 2000, et celles qui doivent accompagner les débuts du troisième millénaire !
Nous sommes à Montréal et il fait froid au-dehors. Les vitrines des restaurants sont embuées et les trottoirs blanchis d’une neige encore avare que quelques rares empreintes de pas parsèment çà et là. Quelques mendiants, drossés dans les encoignures abritées, ont tiré des draps de carton sur leurs visages.
La nuit s’écoule ainsi, joie dedans, misère dehors. Les lumières de la ville veillent. À l’aube, les fêtards rentrent chez eux, s’entre-souhaitant des vœux de bonheur et de félicité, psalmodiés comme pour conjurer le mauvais sort.
Il est 7 heures !
Les derniers retardataires de la fête tournent machinalement les boutons de leurs postes de télévision. On ne sait jamais ! Pendant que l’humanité tout entière arrosait la transition millénaire, qu’avait-t-il bien pu se passer dans le monde ?
Parmi les reportages sur les célébrations de la nuit dans tous les pays du monde, seule une nouvelle extravagante parvint à chasser la fatigue envahissante, dans un dernier sursaut d’euphorie :

Après une nuit bien arrosée et fêtée, les Parisiens ne sont pas encore dégrisés - il est 13 heures chez eux, et ils sont surpris qu’il ne fasse toujours pas grand jour - notre correspondant là-bas nous affirme en effet que la nuit continue à envelopper la capitale, comme si les Parisiens voulaient continuer leurs libations -

sacrés Parisiens !

Mais une heure plus tard, la nouvelle était confirmée par l’Agence France-Presse :
Paris - 14 heures : Sans que personne ait pu encore expliquer le phénomène qui s’offre actuellement aux Parisiens, la capitale est toujours plongée dans la nuit bien que nous soyons maintenant en début d’après-midi - l’éclairage public est resté allumé et de tous les coins du pays nous parviennent des informations semblables.
Alors qu’inexplicablement l’aube ne pointait toujours pas à l’horizon de Montréal, on y apprenait successivement avec stupeur, au cours de l’après-midi, que les deux tiers ouest de l’Asie, la totalité de l’Europe et de l’Afrique ainsi qu’une large partie de l’est du continent nord-américain se trouvaient toujours noyés dans les ténèbres, puis que l’ouest de ce continent, la totalité de l’Amérique du sud et l’extrême est de l’Asie jouissaient encore, tard dans la nuit du 1er au 2 janvier, de la luminosité d’un plein jour.
???
Ce soir-là, tous les peuples du monde se couchèrent déconcertés. Le phénomène persista au cours des jours suivants. La moitié du globe terrestre profitait en permanence d’une clarté de pleine journée, l’autre restant plongée dans la nuit. Une zone circulaire de pénombre dégradée séparait les deux parties du globe, et faisait le tour de la terre en traversant le centre de l’Amérique du nord ­et l’est de la Chine.
Le monde scientifique était en émoi et s’agitait en tous sens. Les journalistes s’agitaient un peu plus, mais bien moins que les puissants, les pauvres moins que les riches, et les philosophes davantage que les ouvriers. Progressivement envahis d’une angoisse de fin du monde, les gens n’osaient plus rester dans leurs maisons et vivaient dans la rue, interdits, échangeant des propos incohérents et se posant des questions stupides.
À Stockholm, l’un d’entre eux s’exclama soudain :
—    Regardez ! La lune !
—    Quoi ! La lune ? firent les gens qui l’entouraient.
—    Et bien, elle était déjà là hier, au même endroit, à 3 doigts au-dessus du clocher de l’église Saint-Guillaume !
—    Et alors ?
—    Alors cela veut dire qu’elle n’a pas bougé depuis hier, et qu’elle ne bouge plus, tout simplement !

La nouvelle fit rapidement le tour du monde et des palais nationaux, là où les hommes qui savent veillent sur nous. Les astronomes vissèrent leurs yeux à leurs télescopes et pianotèrent fébrilement sur les claviers de leurs ordinateurs faméliques. C’était bien vrai ! La lune avait interrompu son cours solitaire autour de notre vieille terre depuis le 1er janvier à 0 heure.

Les hommes du ciel constatèrent en même temps que la terre elle-même ne tournait plus sur son axe depuis la première seconde de l’an 2000, puis qu’elle ne tournait plus autour du soleil, puis que le soleil avait également interrompu sa course invisible dans la voie lactée, puis que la spirale de cette dernière s’était figée comme sur un cliché photographique, puis que la voûte du ciel s’était immobilisée à son tour, bref, que rien ne bougeait plus dans l’univers, hormis les hommes dans leurs petites voitures,sur leurs petits vélos et sur leurs petits pieds.
Ahurissant ! Voilà tout à la fois remis brusquement en cause Newton et Einstein ! Car dans ces conditions la Lune aurait dû tomber sur la Terre, la Terre sur le Soleil, ce dernier se précipiter vers le centre de la galaxie et ainsi de suite ! Quant à nous, mieux valait ne pas y penser !
Le plus contradictoire était sans doute que tout ce qui se trouvait sur la Terre ignorait cet ordre de grève sidéral. Les corps continuaient d’y tomber lorsqu’ils n’étaient pas mus par une force qui leur imprimait un mouvement suffisant pour compenser leur pesanteur. Alors les scientifiques se déclarèrent unanimement incompétents… Déjà, la face sombre du globe connaissait des froids glaciaires, et la face claire des températures de fournaise.
???
La nouvelle de l’arrêt du mouvement millénaire de notre planète autour du soleil provoqua une panique sans précédent. En l’absence d’une explication scientifique, devenue improbable par la démission des savants, seule sembla alors significative celle de l’intervention d’une puissance divine. Les gens se précipitèrent dans les temples, églises, mosquées et synagogues, quêtant des prêtres, soudain investis d’un savoir transuranien, une révélation miraculeuse. La plupart de ceux-ci prirent alors une revanche longtemps attendue, sur le matérialisme qui les avait chassés des chemins du pouvoir et des honneurs publics. Pour eux, le phénomène était clair et transparent : la fin du Monde était arrivée, car Dieu avait décidé d’en finir avec ces morpions libidineux et veules en qui Il avait placé tous ses espoirs, et qui l’avaient trahi les uns après les autres, Lui et tous les prophètes qu’Il leur avait envoyés au fil des millénaires. Bientôt, sans doute, Il descendrait sur la planète dans un char de feu tiré par des anges aux ailes amidonnés, pour juger les vivants et les morts ! Ce fut là une belle occasion de ressusciter beaucoup de rituels négligés et de cérémonies oubliées, en pratiquant moult contritions rétroactives et de pénitences réparatrices.
Ceux qui ne partageaient aucune foi en un Dieu quelconque furent plus réalistes. La terre ne bougeant plus et leur habitat étant plongé, soit dans un froid sidéral, soit dans une chaleur d’enfer, ils comprirent que leur salut se trouvait dans la fuite. Pendant que d’autres acceptaient la température qui leur était désormais affectée par le démiurge en chantant des cantiques, ils tentèrent par tous les moyens possibles de rejoindre la zone “grise”, c’est-à-dire l’étroit anneau qui séparait la zone sombre de la terre de sa zone claire.
Ceux qui ne périrent pas au cours de cette exceptionnelle transhumance furent peu nombreux. Leur nombre fut cependant encore bien trop grand pour qu’ils survivent sur le ridicule territoire où la relative lumière d’un soleil rasant leur permettait de jouir d’une température acceptable, car leur entassement eut vite raison des maigres ressources d’eau et de nourriture de cet étroit espace. Ils se battirent entre eux pour les posséder et moururent par millions au cours de monstrueuses guerres civiles.
Tel fut le destin des hommes au cours de cette année 2000, dont on avait pensé qu’elle allait conduire l’humanité toute entière vers une destinée meilleure, et c’est dans cette situation atroce que la trouva le 31 décembre de cette même effroyable année, tissée de morts odieuses, de famines épouvantables, d’épidémies gigantesques et de douleurs extrêmes.
???
Dans les premières minutes de l’an 2001, alors que les rares habitants qui étaient parvenus à subsister à Stockholm étaient sortis de leurs pauvres logis, creusés à 20 mètres sous la terre, l’un d’entre eux s’exclama soudain :
—    Regardez ! La lune !
—    Quoi ! La lune ? firent les gens qui l’entouraient.
—    Et bien, elle était là, hier encore, à 3 doigts au-dessus du clocher de l’église Saint-Guillaume depuis un an, et ce matin, elle se trouve maintenant à une main plus loin à droite !
—    Et alors ?
—    Alors cela veut dire qu’elle a bougé depuis hier, et qu’elle a recommencé à tourner autour de la terre, tout simplement !

La nouvelle fit rapidement le tour du monde et des palais nationaux, là où les hommes qui savent veillaient toujours sur nous. Les astronomes vissèrent leurs yeux à leurs télescopes et pianotèrent fébrilement sur les claviers de leurs ordinateurs faméliques. C’était bien vrai ! La lune avait repris son cours solitaire autour de notre vieille terre depuis le 1er janvier à 0 heure.
Les hommes du ciel constatèrent en même temps que la terre elle-même tournait à nouveau sur son axe depuis la première seconde de l’an 2001, puis qu’elle valsait à nouveau autour du soleil, puis que le soleil avait également repris sa course invisible dans la voie lactée, puis que la spirale de cette dernière voltigeait à nouveau dans l’espace, puis que la voute du ciel, elle-même, tournoyait de nouveau au-dessus de nos têtes, bref, que tout bougeait enfin dans l’univers, hormis les hommes qui se trainaient à présent plus lentement que jamais sur leurs pauvres pieds.
Les survivants de cette abominable année eurent à peine la force de fêter ces retrouvailles cosmiques. Le char miraculeux d’où devait descendre pour les juger la divinité qui les avait châtiés si sévèrement n’était pas arrivé. Sans doute celle-ci avait-elle pardonné, devant tant de repentirs, de larmes et de sang versé !
Mais ce ne fut pas l’explication que trouva l’astronome dont l’opinion fut finalement retenue.
???
Cet astronome, réfugié depuis un an dans la région grise du globe, avait passé son temps à étudier le calendrier. Quelques jours après le redémarrage du système solaire, il envoya la communication que voici aux quelques journaux qui avaient pu continuer à paraitre :
L’an 2000 fut ingénument considéré par tous les terriens, sans exception, comme la première année du troisième millénaire. Or, ceux qui conçurent le calendrier le firent débuter à l’année 1, ce qui entrainait le fait que l’an 2000 était la dernière année du second millénaire et non la première du troisième. Nous avons donc tous commis la même erreur et engendré de la sorte une colossale contradiction cosmique.
Et, lorsqu’on connait l’influence déterminante qu’exercent les contradictions humaines sur la nature, on ne saurait s’objecter à ce qu’elle s’étende également au cosmos tout entier. C’est précisément ce qui se passa cette fois encore, la première sans doute de toute l’histoire de l’humanité, car cette contradiction étant unanimement partagée, son exceptionnelle cohérence à propos du calendrier produisit une force d’une puissance si inhabituellement prodigieuse, qu’elle parvint à paralyser les corps célestes, le cosmos ne sachant plus comment s’ajuster à l’homme.
Bref, planètes et constellations ne surent plus à quel saint se vouer ! Comment le leur reprocher ?
Notre monumentale contradiction perdit toutefois  sa puissance au moment même où le calendrier, entrant réellement dans le troisième millénaire le 1er janvier 2001, la rendit caduque. Cette colossale puissance ayant disparu, l’univers se remit alors à fonctionner comme par le passé.
En conclusion de cette tragique expérience, je dirais que, si tristes et si regrettables que soient nos disputes intestines, souvent sanglantes et absurdes, notre sort peut atteindre des extrémités pires encore lorsque d’aventure il nous arrive d’être tous du même avis, car ce sont précisément nos désaccords qui nous maintiennent en vie et permettent à l’univers de fonctionner.
Aussi, que Dieu nous préserve à l’avenir de toute nouvelle unanimité !

André SERRA

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La lettre de convocation précisait ceci : « Portez fièrement votre chapeau! »
Ils avaient donc tous répondu à l’appel, chapeau pointu vissé sur le crâne, défiant avec témérité la nouvelle règlementation orthographique.
Ainsi, en cette soirée du mois d’aout, réunis dans la boutique d’un chapelier, tous les û et les î s’insurgeaient contre la décision du Grand conseil orthographique, qui leur demandait de ne plus porter dorénavant leur accent circonflexe.
— C’est un scandale, hurlait un û. On nous vole notre identité. Nous voilà réduits à ressembler à tous les u ordinaires de la terre. Nous ne tolèrerons pas cette traitrise plus longtemps!
— Et nous? maugréait un î. On devient de ridicules unijambistes, avec un point flottant. Mettre les points sur les i est déjà d’un commun linguistique si… comment dire… si… insignifiant!
— Je me battrai jusqu’au bout pour récupérer mon chapeau, dussè-je me mettre à dos les modernistes. Je ne cèderai pas! Qui me suit?
— L’union fait la force! Nous délèguerons deux porte-paroles qui protègeront nos intérêts auprès du Grand conseil orthographique.
Les voyelles privées de leur chapeau ne manquaient pas de combattivité. Pourtant, cette nouvelle règlementation donnait aux uns des crampes aigües, aux autres de l’exéma, et aux plus timides des brulures d’estomac.
Mais il fallait agir. On passa donc à l’élection de deux représentants. Tout cela se fit dans un tohubohu indescriptible où les égos de chacun s’étalaient gaiment.
Pendant ce temps-là, de l’autre côté de la ville, un autre évènement avait lieu : un évènement plus joyeux, plus festif. Dans la salle de réception d’un hôtel, on célébrait des mariages et des réunions de famille.
Les mots autrefois composés se réjouissaient d’être enfin réunis. Plus de trait d’union entre eux pour les tenir à distance. Les croquemonsieurs, les croquemadames, les croquemitaines et même les croquemorts s’enlaçaient à qui mieux mieux. Le porte-jarretelle gardait son trait d’union, mais partageait la joie du portecrayon, du porteclé, et aussi du portemonnaie, heureux de ressembler enfin au portefeuille.
Pour leur part, les familles reconstituées trinquaient à leurs retrouvailles. Pendant que le ventail battait au vent, les persiffleurs sifflaient de joie, les combattants combattifs s’amusaient comme des marioles, et les souffleurs et les souffleuses accueillaient avec joie les boursoufflures dans leur famille. Et les imbéciles? Ils rivalisaient d’imbécilité…
De leur côté, les trémas appréciaient de coiffer à présent les u. Ambigüe, contigüe et exigüe goutaient à leur nouvelle allure pendant que leurs consoeurs ambigüité, contigüité et exigüité raffolaient de leur brochette de points.
Après un copieux diner de cuisseaux de chevreuil, de levreaux en croute et de boissons rafraichissantes, les invités envahirent la piste de danse et se lancèrent dans une ronde entrainante. Plus habitué à la marche qu’à la farandole, le millepatte s’empêtrait les pattes, et le millefeuille lui emboitait maladroitement le pas. Les pique-assiettes, eux, en profitèrent pour croquer les derniers raviolis qui trainaient dans les plats.
Personne ne remarqua un petit i qui alla s’assoir tout seul, loin des rires et de la gaité. Ce i était malheureux : les ognons se passeraient désormais de lui. Blanc, jaune ou rouge, l’ognon allait faire pleurer les cuisiniers et les cuisinières sans lui. Ainsi en avait décidé le Grand conseil, pour des raisons linguistiques pleinement justifiées. Il faut reconnaitre que des générations d’enfants avaient très souvent oublié ce i en écrivant tout naturellement ognon, que ces mêmes enfants avaient donc souffert à cause de lui et avaient tant de fois contesté sa présence saugrenue entre le o et le g. Ces souvenirs douloureux et ce rejet à son endroit ne faisaient qu’accroitre son désespoir. Il se perdit dans un abime de pensées morbides et le dégout le prit à la gorge. Il tenta d’aller se consoler près de la fontaine, en regardant les nénufars redevenus épanouis.

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Que se passait-il, au même moment, chez les révoltés de l’orthographe? Eh bien, les û et les î poursuivaient toujours leurs palabres, incapables de choisir deux candidats à envoyer en mission auprès du Grand conseil orthographique.
Alors, le couple maitre et maitresse demanda à prendre la parole. L’autorité dont jouissaient ces deux personnages imposa le respect et la confiance. On les écouta.
— Mes amis, commença la maitresse, un trémolo dans la voix, nous devons nous rendre à l’évidence et cesser nos vilénies. Notre temps est révolu : le français évolue. Entrons avec lui dans la modernité, tout en appuyant cependant les quelques accents circonflexes qui tiendront encore le flambeau de la tradition. Je pense aux û de dû , mûr, sûr, jeûne, et aux î qui sauront maintenir la différence entre croit et croît, par exemple.
— Il est nécessaire de nous accommoder raisonnablement de ces améliorations, enchaina le maitre. Car ce sont bien des améliorations puisqu’elles allègeront la tâche des apprenants. C’est bien ce que nous désirions le plus, n’est-ce pas? Que les élèves ne nous écorchent plus, nous les mots et les voyelles.
La mine basse, les û et les î capitulèrent alors et se résignèrent à se « déchapeauter ». Pour eux, pas d’assurance-emploi…

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Pour ceux qui pensaient que l’Halloween était la fête des citrouilles, que ce soir-là, elles règnaient en reines dans tous les foyers, autant vous dire que vous vous êtes trompés. L’Halloween est la soirée des crapauds. À la brunante, les crapauds et crapaudes lustrent leurs verrues et chaussent leur souliers à claquettes. Le roi Crapou 1er, dont le grain velouté de la peau fait bleuir de jalousie les grenouilles et autres rainettes voisines, ouvrira le bal avec Crapaude, sa vingt-huitième conjointe. On ne sait toujours pas si Crapou 1er est le plus beau de tous les temps ou le plus beau de tout l’étang… mais, personne ne remet en question sa qualité de danseur. Sa sveltesse et sa grâce en font le plus délicat des crapauds. C’est bien pour cela qu’il fut nommé et couronné roi.Ce soir du 31 octobre, tous les crapauds couvriront la surface de tous les étangs et danseront jusqu’au matin. L’air résonnera de toutes leurs claquettes comme autant de grillons chantants.

Bonne nuit d’Halloween à tous les crapauds !

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Pour tous ceux qui résistent encore aux rectifications de la nouvelle orthographe !

(Ce texte a été mis en ligne dans la section des exercices du site www.renouvo.org/gqmnf.
Les mots touchés par les rectifications de l’orthographe sont en gras.)

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Une fable inspirée par le grand Jean de Lafontaine !

L’élève et son prof

L’enfant ayant dormi toute l’année,
Se trouva fort dépourvu
Lorsque l’examen fut venu.
Pas une seule idée
À coucher sur son papier.
Il alla cria « À l’aide »
Auprès de son prof Archimède,
Le priant de lui souffler
Quelques mots pour avancer
Et le mettre sur le fil.
« Je vous le rendrai, lui dit-il,
En vous offrant ma pomme. »
Le prof n’est pas commode,
C’est là son moindre défaut.
« Que faisais-tu pendant les cours ? »
Demanda-t-il au plaignant.
« Tous les jours, pendant les cours,
Je dormais, ne vous en déplaise… »
« Ah ? Tu dormais ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! ronfle à présent ! »

Jean de l’Abreuvoir

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Un petit quadrupède qui se pensait “chat”, dormait sur son coussin.
D’un œil seulement, comme tout chat bien né !
Une souris vint à passer non loin de ses moustaches.
Pendant qu’elle trottait, il pensa :
Si je n’attrape pas cette souris, je me prive d’un mets délicieux,
mais si je l’attrape, j’interromps un sommeil agréable.
Que choisir ?
Entre-temps, la souris disparut.
N’est pas chat qui veut !
André SERRA

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Le bitier est un arbre fruitier.

On en trouve sous presque toutes les latitudes, mais assez rarement aux environs des pôles.

Il ne porte qu’un seul fruit à la fois, qui s’épanouit généralement vers le milieu de son tronc. Ce fruit, dénommé la bite, mûrit indépendamment des saisons selon des cycles très variables, de plusieurs fois par jour à une fois tous les deux ans. Ce cycle est généralement fonction de son âge, mais pas de manière absolue.

Certains bitiers de 20 à 30 ans peuvent en effet rester sans fruits pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois, alors que des bitiers de plus de 80 ans en ont quelquefois plusieurs par semaine. Il est donc conseillé de goûter leurs fruits avant d’arrêter son choix si l’on désire en acquérir un. Toutefois, il n’est pas toujours nécessaire d’en posséder un pour profiter de ses fruits.

Comme les fraises et les framboises, les fruits du bitier sont particulièrement appréciés des femmes. Toutefois certains hommes ne répugnent pas à les consommer de manière régulière. Leur pulpe n’est pas consommable, et seul leur jus présente des qualités gustatives. Après consommation du jus, quelquefois appelé “sirop de bite”, la pulpe se résorbe d’ailleurs progressivement, jusqu’à se dissimuler entièrement sous l’écorce du tronc jusqu’à la prochaine floraison.

Il n’est pas possible de cueillir ces fruits sans en faire disparaître les saveurs uniques. On doit donc les consommer sur l’arbre. S’ils ne sont pas consommés au moment de leur pleine maturité, leur jus peut s’écouler naturellement sur le sol. Ils perdent alors tout intérêt. Il est donc conseillé aux amateurs de surveiller l’évolution de leur maturation pour saisir le moment le plus propice à la consommation de leur jus. Il est cependant possible d’accélérer leur fructification en leur portant des soins attentifs. Leur saveur peut être très différente selon que leur consommation intervient trop tôt ou trop tard. Un minimum d’expérience est donc nécessaire pour en tirer la quinte essence.

Comme pour toutes les autres espèces d’arbres, la reproduction du bitier s’opère par développement des graines contenues dans ses fruits. Mais, par une curieuse disposition de la nature, ces graines ne peuvent germer que dans les organismes de leurs consommateurs.

Cette germination est cependant limitée aux organismes féminins. En dépit d’essais répétés, les consommateurs masculins sont jusqu’ici restés stériles.

Après la germination, le nouvel arbre se développe jusqu’au moment où il s’extrait de lui-même de son support humain. Il peut alors être replanté. Mais il ne réalise généralement son plein développement que s’il reste confiné dans l’appartement qui l’a vu naître. Le plus souvent cependant, il prend lui-même l’initiative de se replanter ailleurs, lorsque son plein développement est atteint. Dans certains cas, il peut s’avérer nécessaire de le faire à sa place.

Comme il a l’instinct grégaire et qu’il reste souvent assez proche de son lieu natal, il est préférable de déménager dans les cas extrêmes, si l’on ne veut pas subir la promiscuité des consommateurs qu’il est alors en mesure d’attirer de manière quelquefois surabondante s’il est très productif.

Ensuite le cycle se répète…

D’après une étude d’André Serra sur le terrain.

© André Serra - 2005

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Le pot de fer, le pot de terre, et la rouille
En Irak, pays lointain,
un pot de fer provoqua
un autre pot pétri d’une bien modeste argile.
Aisément, le pot de fer gagna,
car sous ses assauts le pot de terre craqua,
et sur le sol répandit
l’eau dont il était empli.
Sous les quatre pieds du gagnant,
un combat nouveau s’engagea
entre le fer matamore et la rouille insidieuse.
Lequel d’après vous gagnera
des deux nouveaux combattants ?
L’eau, bien sûr, à la longue, prendra le dessus.
Vous qui êtes en fer,
ce conseil d’ami écoutez !
Si vous avez les pieds fragiles,
ne vous hasardez pas sur l’argile !
La Fontaine d’eau
Livre 0, fable 1
André Serra

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